
Le choix de la date de la Journée de l’égalité des femmes commémore la signature du 19ᵉ
amendement, le 26 août 1920, une avancée majeure de la Constitution américaine qui interdisait
aux gouvernements fédéral et étatiques de restreindre le droit de vote en fonction du sexe. S’il
s’agissait d’une avancée considérable rendue possible grâce au travail acharné de militantes
dévouées, il est essentiel de souligner que seule une faible proportion de femmes américaines a
pu alors exercer ce droit : les femmes racisées ont dû lutter pendant plusieurs décennies
supplémentaires afin d’obtenir le même accès au vote.
La députée de New York Bella Abzug fut la première à présenter, en 1971, une
résolution visant à reconnaître officiellement la Journée de l’égalité des femmes, un an après la
grève des femmes pour l’égalité qui avait mobilisé l’ensemble du pays. La date fut célébrée pour
la première fois deux ans plus tard, en 1973. Cinquante-deux ans plus tard, elle demeure un
important rappel du premier pas vers une justice trop longtemps attendue.
Le travail des suffragettes américaines, telles que Susan B. Anthony, est bien connu
même au-delà des frontières des Etats-Unis. Mais l’histoire du mouvement canadien pour le droit
de vote des femmes n’en est pas moins riche ni moins importante. La première victoire de cette
lutte fut remportée le 27 janvier 1916, lorsque les femmes du Manitoba d’ascendance ou de
citoyenneté britannique et âgées d’au moins 21 ans ont obtenu le droit de voter aux élections
provinciales. Cette avancée, durement acquise, fut précédée des efforts d’organisations comme la
Manitoba Political Equality League, qui avait présenté, le 23 décembre de l’année précédente,
deux pétitions en faveur du droit de vote des femmes. Ces pétitions, signées par des hommes et
des femmes, comptaient près de quarante mille signatures. Les autres provinces emboîtèrent
rapidement le pas : la Saskatchewan adopta sa propre réforme moins de deux mois plus tard,
suivie par l’Alberta un peu plus d’un mois après. La Colombie-Britannique, l’Ontario et la
Nouvelle-Écosse suivirent à leur tour. Finalement, la dernière province à reconnaître ce droit
essentiel fut le Québec, en 1940, et le dernier territoire, les Territoires du Nord-Ouest, en 1951. À
l’échelle fédérale, c’est le 24 mai 1918 que les femmes furent officiellement autorisées à voter
aux élections fédérales. La Première Guerre mondiale, les lois sur les élections en temps de
guerre et les électeurs militaires, avaient permis aux femmes membres des forces armées et aux proches parentes d’officiers militaires de voter. Mais la loi de 1918 élargit ce droit de manière
beaucoup plus générale quoique pas encore universelle. Si vous souhaitez en apprendre
davantage sur la chronologie de la lutte pour l’égalité du droit de vote, l’Encyclopédie
canadienne propose une excellente ressource en ligne, accessible ici.
Il est essentiel de souligner que toutes les femmes n’ont pas obtenu les mêmes droits au
même moment.
Les femmes racisées à travers le Canada ont dû lutter bien plus longtemps et avec plus
d’acharnement pour obtenir les mêmes droits que les femmes blanches d’ascendance britannique,
en particulier les communautés asiatiques et autochtones. L’adoption de la Loi électorale du
Dominion en 1920 a comblé certaines lacunes ; elle a accordé le droit de vote à celles et ceux qui
en avaient été privés durant la Grande Guerre, notamment les personnes originaires de pays
contre lesquels le Canada avait été en guerre. Toutefois, cette loi stipulait explicitement que les
personnes privées de leurs droits en raison de leur origine raciale au niveau provincial
demeureraient exclues. Cela incluait, en Saskatchewan, les personnes d’origine chinoise, et en
Colombie-Britannique, celles d’origine chinoise, japonaise, sud-asiatique ainsi que les
Autochtones. Ces injustices ne commencèrent à être corrigées, sans exception, qu’à partir des
années 1940. Le 1ᵉʳ janvier 1947, les citoyens et citoyennes d’origine chinoise et sud-asiatique
(hommes et femmes) ont obtenu le droit de vote, tant au niveau fédéral que provincial. Les
Canadiens d’origine japonaise, ainsi que les femmes autochtones, ont dû attendre encore plus
longtemps : ce n’est qu’en 1949 que les Canadiens et Canadiennes d’origine japonaise ont pu
enfin exercer ce droit.
Les femmes autochtones ont dû mener une lutte encore plus ardue pour leurs droits,
compliquée par la Loi sur les Indiens. Au cours des années 1950 et 1960, les « Indiens inscrits »
ont obtenu le droit de vote provincial progressivement, province par province. Cependant, la
clause de la Loi sur les Indiens stipulant que les femmes autochtones perdaient leur « statut » si
elles épousaient une personne sans « statut » maintenait des milliers de femmes autochtones dans
la privation de leur droit de vote. Des organisations comme l’association des femmes
autochtones du Canada ont travaillé sans relâche pendant des années pour corriger cette injustice,
et la Commission des droits de l’homme de l’ONU a déclaré même que la perte de « statut »
équivalait à une ingérence culturelle. Les décennies de travail acharné et de persévérance ont
finalement porté leurs fruits le 17 juin 1985, avec l’adoption du projet de loi C-31, qui a modifié
la Loi sur les Indiens afin de supprimer la discrimination basée sur le genre présente dans ses
dispositions. Soixante-sept ans après que les femmes britanniques du Manitoba ont obtenu le
droit de vote, ce droit fut enfin accordé à presque tous les Canadiens, quel que soit leur origine
raciale. Trois ans plus tard, en 1988, la toute dernière lacune fut comblée, et les personnes ayant
une déficience intellectuelle ont pu voter pour la première fois. Le Canada était enfin devenu une
véritable démocratie pour tous.
Cependant, les inégalités en matière de vote existent encore aujourd’hui, souvent liées à
l’accessibilité physique au vote. Par exemple, les femmes du Nunavut ont pu voter à partir de
1950, mais dans les communautés éloignées, les urnes n’ont été installées qu’en 1962, privant
ainsi tous les genres de la possibilité de voter. Les personnes en situation de handicap peuvent
également rencontrer des difficultés pour se rendre dans un bureau de vote, un problème qui, bien que partiellement atténué par le vote par correspondance, demeure préoccupant encore
aujourd’hui. Le vote est une composante essentielle de toute démocratie fonctionnelle. Il est
donc important que, tout en célébrant les progrès réalisés, nous reconnaissions également le
chemin qu’il reste encore à parcourir.
La Journée de l’égalité des femmes est un rappel poignant que bon nombre des droits et
libertés dont nous jouissons aujourd’hui ont été acquis très récemment, parfois même dans la
mémoire vivante. Alors que la politique, tant au Canada qu’ailleurs dans le monde, semble
devenir de plus en plus inquiétante, et que les droits auxquels nous sommes tous censés avoir
accès sont parfois remis en question, il devient d’autant plus essentiel de se tourner vers le passé
et d’en tirer des leçons. La persévérance et le courage de celles et ceux qui se sont battus sans
relâche pour le droit de chaque femme à participer à la démocratie continuent d’inspirer celles et
ceux qui luttent pour toutes sortes de justice. En cette journée, nous rendons hommage à leurs
efforts et leur exprimons notre gratitude.



