Chaque année, le 27 janvier, la Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste invite à réfléchir aux millions de personnes assassinées sous la persécution nazie. Si l’Holocauste est souvent abordé de façon générale, le devoir de mémoire exige aussi de porter attention aux groupes dont les histoires ont été ignorées ou effacées pendant des décennies. L’une de ces histoires est symbolisée par le triangle rose.
Pendant l’Holocauste, les personnes emprisonnées dans les camps de concentration nazis étaient forcées de porter des insignes de couleur indiquant le motif de leur détention. Les prisonniers juifs étaient marqués de l’étoile jaune. Les prisonniers politiques portaient un triangle rouge. Les hommes emprisonnés en raison de leur homosexualité étaient contraints de porter un triangle rose.
En vertu du paragraphe 175 du Code criminel allemand, l’homosexualité était criminalisée. Les hommes gais étaient surveillés par la police, arrêtés, puis envoyés en prison ou dans des camps de concentration. Les historien·ne·s estiment que des dizaines de milliers d’entre eux ont été emprisonnés. Plusieurs sont morts à la suite du travail forcé, de la violence, d’abus médicaux et de la famine.
À l’intérieur des camps, les hommes identifiés par le triangle rose étaient souvent traités avec une cruauté particulière. Ils étaient isolés des autres prisonniers et soumis à des abus de la part des gardes et d’autres détenus. Les taux de survie de ces prisonniers figuraient parmi les plus faibles de l’ensemble du système concentrationnaire.
Après la guerre
L’injustice ne s’est pas arrêtée avec la libération. Après la guerre, l’homosexualité est demeurée illégale en Allemagne et dans d’autres régions d’Europe. De nombreux survivants n’ont pas été reconnus comme victimes de la persécution nazie. Certains ont été renvoyés en prison pour purger le reste de leur peine. D’autres se sont vu refuser toute indemnisation et ont été exclus des commémorations officielles. Pendant des décennies, leurs expériences ont été largement absentes de l’enseignement et des mémoriaux consacrés à l’Holocauste.
Cette absence est lourde de sens. La mémoire de l’Holocauste est façonnée non seulement par ce dont on se souvient, mais aussi par ce que l’on omet. La reconnaissance tardive des victimes du triangle rose démontre comment les préjugés ont persisté bien après la chute du régime nazi. Elle met également en lumière la manière dont la mémoire peut refléter les valeurs des sociétés qui la préservent.
Se réapproprier le symbole
À la fin du XXᵉ siècle, des militant·e·s 2SLGBTQIA+ ont réapproprié le triangle rose comme symbole de résistance et de commémoration. Durant la crise du sida, il est devenu un signe de protestation et de solidarité. Avec le temps, il s’est transformé en symbole de résilience et de survie. Aujourd’hui, on le retrouve dans des musées, des mémoriaux et des projets d’histoire queer partout dans le monde.
Pour les organisations à vocation historique, cette histoire revêt une importance particulière. Elle relie la mémoire de l’Holocauste à des luttes plus larges pour la reconnaissance, la sécurité et la dignité. Elle rappelle également que l’histoire des personnes 2SLGBTQIA+ comprend la persécution et la perte, au même titre que les avancées et les célébrations.
Ce contexte est essentiel lorsque nous parlons de commémoration aujourd’hui. Se souvenir du triangle rose, c’est reconnaître des victimes marginalisées à la fois pendant l’Holocauste et longtemps après sa fin. Leurs histoires ont été exclues de la mémoire collective pendant des décennies, non pas par accident, mais par choix. En cette Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste, prendre le temps de se souvenir de ces vies contribue à rendre le récit historique plus complet et plus honnête.

