Bien avant les passages piétonniers arc-en-ciel et les commandites de la Fierté, des Canadien·ne·s noir·e·s 2SLGBTQIA+ ont bâti quelque chose de plus discret, mais de plus durable. Ils et elles ont bâti des familles choisies.
Il ne s’agissait pas de relations symboliques. Elles étaient pratiques, émotionnelles et souvent vitales. Des ami·e·s partageaient un logement, de la nourriture, des pistes d’emploi et une protection mutuelle. Des aîné·e·s accompagnaient des jeunes qui devaient composer à la fois avec le racisme et l’homophobie. Les fêtes, les rassemblements à domicile et les espaces sociaux informels devenaient à la fois des lieux de joie et de refuge.
La famille choisie n’est pas née d’un effet de mode, mais par nécessité. Pour de nombreuses personnes noires 2SLGBTQIA+ au Canada, les familles biologiques, les églises et les institutions ne pouvaient pas — ou ne voulaient pas — offrir un espace sécuritaire. La communauté est intervenue là où les systèmes ont échoué.
La famille choisie comme infrastructure historique
D’un point de vue historique, les familles choisies ont fonctionné comme une véritable infrastructure. Elles ont offert des soins en l’absence de services sociaux. Elles ont préservé la culture lorsque les espaces 2SLGBTQIA+ dominants étaient peu accueillants, voire ouvertement hostiles. Elles ont transmis des savoirs liés à la survie, au style, au langage et à la résistance.
Dans des villes comme Toronto, Montréal et Halifax, les communautés noires 2SLGBTQIA+ ont créé des réseaux qui existaient largement en dehors de toute reconnaissance officielle. Ces espaces ont rarement été documentés dans les archives institutionnelles. Ils n’ont pas toujours laissé de tracts, de procès-verbaux ou de photographies. Leur travail était relationnel et souvent volontairement discret.
Cette invisibilité est importante. Lorsque l’histoire privilégie les institutions plutôt que les relations humaines, des formes entières de travail communautaire disparaissent des récits officiels.
Ce que la Fierté retient — et ce qu’elle oublie
L’histoire de la Fierté au Canada met souvent de l’avant des jalons faciles à documenter : les victoires juridiques, les défilés, les organismes dotés de chartes et de conseils d’administration. Ces moments comptent. Mais ils ne racontent pas toute l’histoire.
Les familles choisies remettent en question notre définition du progrès. Elles nous rappellent que la libération ne passait pas uniquement par la visibilité, mais par le soin. Pas seulement par la célébration, mais par la constance. De nombreuses personnes noires 2SLGBTQIA+ n’ont pas vécu la Fierté comme un espace sécuritaire ou accueillant, même à mesure que les mouvements avançaient.
Si ces histoires sont absentes de notre mémoire collective, ce n’est pas parce qu’elles étaient insignifiantes. C’est parce qu’elles étaient plus difficiles à catégoriser — et plus faciles à ignorer.
Ce que l’histoire noire 2SLGBTQIA+ peut enseigner à la Fierté aujourd’hui
Alors que les mouvements de la Fierté au Canada réfléchissent à l’inclusion et à leur pertinence, les familles choisies noires 2SLGBTQIA+ offrent une leçon profondément ancrée dans l’histoire. La Fierté n’a jamais été seulement une question de visibilité une fois par année. Elle portait sur celles et ceux qui sont présent·e·s les 364 autres jours.
Les modèles communautaires fondés sur le soin posent d’autres questions. Qui est soutenu toute l’année ? Qui est protégé lorsque l’attention retombe ? À qui confie-t-on le leadership ?
Les communautés noires 2SLGBTQIA+ ont répondu à ces questions bien avant l’apparition des chars corporatifs ou des scènes officielles.
Se souvenir pour aller de l’avant
Le Mois de l’histoire des Noirs nous invite non seulement à enrichir les archives, mais aussi à repenser la manière dont l’histoire est racontée. La famille choisie n’est pas qu’un chapitre du passé. Elle nous rappelle que la communauté se construit par la responsabilité, et non par l’image de marque.
Si les familles choisies ont autrefois permis à des Canadien·ne·s noir·e·s 2SLGBTQIA+ de survivre, elles peuvent encore aujourd’hui nous indiquer la voie vers la Fierté dont nous avons besoin pour la suite.




