Le 22 mai, nous soulignons chaque année la naissance de Harvey Milk en prenant un moment pour lui rendre hommage. Harvey Milk a été un défenseur infatigable des droits des personnes 2SLGBTQIA+ à une époque où les émeutes de Stonewall étaient encore fraîches dans les mémoires. Les effets de son travail résonnent encore aujourd’hui dans la lutte continue pour l’égalité des droits. Cette année, Milk aurait eu 95 ans s’il n’avait pas été assassiné. Nous devons continuer d’honorer sa mémoire pour les générations à venir.
Né en 1930 dans une famille juive à Woodmere, dans l’État de New York, Milk a mené, selon toutes les sources, une vie plutôt traditionnelle durant ses jeunes années. Il s’est enrôlé dans la marine américaine pendant la guerre de Corée, mais a été forcé d’accepter une libération « autre qu’honorable » en 1955 afin d’éviter une cour martiale en raison de son identité. Il a travaillé un temps dans le domaine des assurances et adoptait des positions plutôt conservatrices, tout en étant mal à l’aise avec son homosexualité. C’est en travaillant comme directeur adjoint dans la troupe de théâtre de Tom O’Horgan — et en côtoyant les « enfants-fleurs », qu’on appellerait aujourd’hui des hippies — qu’il a commencé à changer profondément sa vision du monde.
Milk a déménagé à San Francisco au début des années 1970, où il a ouvert une boutique de photographie sur la rue Castro avec son partenaire et futur directeur de campagne, Scott Smith. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, San Francisco attirait une population 2SLGBTQIA+ croissante, plusieurs hommes gais ayant été expulsés de l’armée ayant choisi d’y rester plutôt que de retourner dans leur ville natale, souvent peu accueillante. Cette communauté émergente a à son tour attiré d’autres personnes, et en 1969, l’Institut Kinsey estimait que San Francisco avait la plus grande proportion de personnes 2SLGBTQIA+ parmi toutes les grandes villes américaines.
La rue Castro est rapidement devenue le cœur de la communauté 2SLGBTQIA+ de San Francisco. On ne peut parler de Harvey Milk sans évoquer Castro. Ce quartier ouvrier d’origine ethniquement mixte est devenu abordable à mesure que des familles intolérantes fuyaient la diversité croissante du secteur, le rendant accessible aux personnes 2SLGBTQIA+ souhaitant s’y établir. Cela dit, San Francisco n’était pas nécessairement plus tolérante que d’autres villes. Les relations orales y étaient encore illégales et le maire de l’époque, Alito, ciblait agressivement les parcs publics fréquentés par des hommes gais. En 1971, 2 800 hommes ont été arrêtés pour « relations sexuelles en public », un contraste frappant avec les 63 arrestations à New York.
Avec les années, Milk est devenu de plus en plus engagé politiquement. Ses amis racontent qu’ils devaient l’empêcher de donner des coups de pied dans la télévision en entendant les réponses répétées « Je ne m’en souviens pas » du procureur général John N. Mitchell lors des audiences du Watergate. Finalement, excédé par la situation, il a décidé de se présenter comme conseiller municipal. Plus tard, il dira de ce moment : « J’ai finalement atteint le point où je savais que je devais m’impliquer ou me taire. »
Son accueil auprès des figures déjà établies dans la politique gaie a été plutôt tiède au départ, mais il a rapidement obtenu le soutien de certains propriétaires de bars gais, frustrés par l’approche qu’ils jugeaient trop timide des dirigeants existants face aux descentes policières. Milk a perdu ses premières élections, mais ses talents de politicien se sont vite révélés. Lors des élections municipales de 1973, il s’est classé 10e sur 32 candidats, malgré son manque d’expérience. On dit que s’il avait été possible d’élire les conseillers par district, il aurait gagné. Entre ses campagnes infructueuses — y compris une pour l’Assemblée législative de la Californie — Milk a travaillé à bâtir des coalitions locales. Il a été l’un des fondateurs de l’Association du village Castro pour soutenir les commerces 2SLGBTQIA+ et a lancé la foire de la rue Castro en 1974 afin d’attirer plus de clients dans le quartier — un événement qui existe encore aujourd’hui.
À l’élection de 1977, Milk était devenu une figure bien connue, non seulement dans les communautés 2SLGBTQIA+ ou de Castro, mais dans tout San Francisco — même le San Francisco Chronicle l’a appuyé comme conseiller. Il a remporté l’élection avec 30 % des voix. Milk est entré à l’hôtel de ville porté par une vague de soutien. D’autres nouveaux élus y ont aussi prêté serment, notamment Carol Ruth Silver, mère monoparentale; Gordon Lau, sino-américain; et Ella Hill Hutch, femme afro-américaine. L’un des premiers gestes de Milk en poste a été de présenter un projet de loi interdisant la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle, qu’il a qualifié de « loi sur les droits des gais la plus rigoureuse au pays ». Il était évident pour tous à quel point Milk était motivé et engagé. Il défendait des causes aussi variées que l’accessibilité aux services de garde, le transport en commun gratuit ou la propreté des rues. Depuis sa campagne à l’Assemblée législative, il recevait des menaces de mort, qu’il ignorait. « Si une balle devait entrer dans mon crâne, dit-il, qu’elle détruise chaque porte de placard. »
Malheureusement, nous ne saurons jamais jusqu’où Milk aurait pu mener son combat. Le 27 novembre 1978, Harvey Milk et le maire de San Francisco, George Moscone, ont été assassinés par Dan White, ancien conseiller municipal. Ce dernier avait été le seul à voter contre la loi de Milk sur les droits 2SLGBTQIA+, malgré ses affirmations qu’il soutenait « les droits de tous, y compris des gais ». White avait démissionné en raison d’un désaccord sur son salaire, puis tenté de revenir sur sa décision. Moscone avait d’abord refusé, mais avait fini par organiser une rencontre, au cours de laquelle White l’a tué. Il a ensuite assassiné Milk, acte largement perçu comme une vengeance pour ce qu’il considérait comme une trahison.
La communauté 2SLGBTQIA+ de San Francisco a été plongée dans le deuil. Le jour même, entre 25 000 et 40 000 personnes ont spontanément marché avec des bougies de la rue Castro jusqu’à l’hôtel de ville. Les drapeaux ont été mis en berne partout en Californie et le président Jimmy Carter a offert ses condoléances. Lorsque White a été reconnu non coupable par un jury ne comptant aucun membre des communautés 2SLGBTQIA+ ni de minorités visibles, des émeutes ont éclaté dans la ville pendant plusieurs heures.
Il est impossible de résumer dans un seul article tout l’impact qu’a eu Harvey Milk, tant de son vivant qu’après sa mort. Une chose est certaine : son courage d’avoir vécu ouvertement son identité dans une époque si hostile a bel et bien permis, au final, d’abattre de nombreuses portes de placard. Son neveu, Stuart Milk — lui-même gai — a fondé la Harvey Milk Foundation, qui œuvre à promouvoir l’égalité à l’échelle mondiale, et qui a été le moteur de la création du Harvey Milk Day, inscrit dans la loi par le gouverneur de Californie Arnold Schwarzenegger en 2009.
La vie de Harvey Milk est riche et complexe. Un seul texte ne saurait couvrir tout ce qu’il a accompli, les opposants qu’il a affrontés, et les multiples facteurs sociaux et politiques qui ont façonné son parcours. Si vous souhaitez en apprendre davantage, de nombreuses sources crédibles et bien documentées sont accessibles en ligne — et cela vaut vraiment le détour. Ce texte a choisi de mettre l’accent sur la vie de Milk, plutôt que sur sa mort tragique souvent sensationnalisée, car c’est bien sa vie qui nous inspire, et c’est cela que le Harvey Milk Day célèbre. Harvey Milk a été un pionnier des droits 2SLGBTQIA+ à une époque profondément hostile, et il a ouvert la voie à de nombreux militants et leaders. Il est une figure emblématique de la politique queer, et nous devons toujours veiller à honorer son héritage.
« Je ne peux pas empêcher les gens d’être en colère, frustrés ou furieux. J’espère seulement qu’ils transformeront cette colère et cette frustration en quelque chose de positif, pour que deux, trois, quatre, cinq cents personnes se lèvent, que les médecins gais se dévoilent, les avocats gais, les juges, les banquiers, les architectes… J’espère que chaque professionnel gai dira “assez”, se manifestera, portera un signe, laissera le monde savoir. Peut-être que cela aidera. »
— Harvey Milk