Chaque année, autour de l’équinoxe de printemps, des communautés partout au Canada soulignent la Journée de célébration et de sensibilisation des personnes bispirituelles et autochtones 2SLGBTQIA+. Observée le 20 mars ou près de cette date, cette journée met en lumière le leadership, la résilience et l’importance culturelle des personnes autochtones qui s’identifient comme bispirituelles, ainsi que leur place au sein de la communauté 2SLGBTQIA+ dans son ensemble.
L’équinoxe de printemps symbolise l’équilibre et le renouveau, ce qui en fait un moment particulièrement significatif pour reconnaître des identités enracinées à la fois dans les traditions culturelles et dans la vie communautaire contemporaine.
Pour de nombreuses personnes au Canada, le terme bispirituel demeure encore peu connu. Comprendre cette identité implique également de comprendre une histoire marquée par les bouleversements du colonialisme et par un puissant mouvement de résurgence culturelle.
Que signifie « bispirituel » ?
Le terme Two-Spirit (bispirituel) a été proposé en 1990 par l’aînée Myra Laramee lors de la troisième conférence annuelle intertribale des Autochtones d’Amérique du Nord, des Premières Nations et des personnes gaies et lesbiennes, tenue au Sandy-Saulteaux Spiritual Centre.
Le terme est une traduction de l’expression anishinaabemowin niizh manidoowag, qui signifie « deux esprits ».
Les participantes et participants autochtones 2SLGBTQIA+ ont adopté ce terme pour décrire la diversité des genres et des sexualités selon des cadres culturels autochtones. Il a également permis de s’éloigner d’une terminologie coloniale historiquement utilisée pour décrire la diversité de genre autochtone et de créer un vocabulaire ancré dans des perspectives autochtones.
Le terme bispirituel n’est pas simplement une autre identité au sein de la communauté 2SLGBTQIA+. Il s’agit d’un concept propre aux peuples autochtones qui relie le genre, la sexualité, la spiritualité et les rôles communautaires.
Ce terme peut être utilisé par des personnes autochtones qui se comprennent comme portant à la fois un esprit masculin et un esprit féminin, ou qui incarnent des formes de diversité de genre reconnues dans leurs propres traditions culturelles. En tant que concept englobant, il peut inclure des identités que les cadres occidentaux décriraient comme gaies, lesbiennes, bisexuelles, transgenres ou de genre divers.
Il est également important de reconnaître que toutes les personnes autochtones de genre divers ne s’identifient pas comme bispirituelles. Certaines utilisent d’autres termes, notamment des identités tirées de leurs propres langues ou traditions culturelles.
La diversité des genres avant la colonisation
Avant la colonisation, de nombreuses nations autochtones à travers l’Amérique du Nord reconnaissaient et respectaient des personnes dont l’identité ou les rôles se situaient en dehors des catégories de genre européennes rigides.
Dans certaines communautés, les personnes portant à la fois des esprits masculins et féminins étaient considérées comme possédant des dons particuliers. Elles occupaient souvent des rôles respectés au sein de leurs communautés, par exemple comme guérisseurs, médiateurs, conseillers, artistes, gardiens du savoir ou entremetteurs.
Les personnes bispirituelles étaient fréquemment perçues comme des individus capables de naviguer entre des rôles associés aux hommes et aux femmes, contribuant ainsi à la vie communautaire de façons uniques et valorisées.
Chaque nation autochtone possède ses propres traditions et enseignements liés au genre et à l’identité. Les compréhensions de la diversité de genre varient donc grandement d’une communauté à l’autre.
La colonisation et l’effacement de la diversité de genre
La colonisation européenne a profondément perturbé de nombreuses traditions autochtones, y compris les diverses compréhensions du genre et de la sexualité.
Les missionnaires et les gouvernements coloniaux ont imposé des normes de genre européennes strictes ainsi que des cadres moraux chrétiens. Des institutions telles que les pensionnats autochtones ont renforcé ces croyances et ont puni les expressions de diversité de genre.
Les autorités coloniales ont également condamné la diversité de genre autochtone et ont souvent tenté d’effacer ces identités par la violence, l’assimilation forcée et la suppression culturelle.
Avec le temps, de nombreux enseignements concernant les rôles de genre et les identités ont été relégués dans l’ombre. Ces politiques ont eu des effets durables et ont contribué à la marginalisation des personnes bispirituelles, à la fois à l’intérieur et à l’extérieur des communautés autochtones.
L’essor du mouvement bispirituel
À la fin du XXe siècle, des personnes autochtones 2SLGBTQIA+ ont commencé à s’organiser afin de reprendre leur place au sein des communautés autochtones et queer.
La conférence de 1990 tenue au Sandy-Saulteaux Spiritual Centre, où le terme Two-Spirit a été introduit, a marqué un moment charnière. Ce terme a contribué à créer un langage commun pour parler de la diversité des genres et des sexualités autochtones et a renforcé les liens entre militants, militantes et membres de la communauté à travers l’Amérique du Nord.
Depuis, des sociétés et des organisations bispirituelles se sont formées dans de nombreuses régions du Canada. Ces groupes soutiennent la revitalisation culturelle, la guérison communautaire et la défense des droits des personnes autochtones 2SLGBTQIA+.
La reconnaissance croissante de la Journée de célébration et de sensibilisation des personnes bispirituelles et autochtones 2SLGBTQIA+, promue à l’échelle nationale pour la première fois en 2021, reflète une prise de conscience grandissante du rôle important que continuent de jouer les personnes bispirituelles au sein des communautés autochtones.
Un moment pour apprendre et célébrer
Pour de nombreuses communautés, l’observation de l’équinoxe de printemps est à la fois une célébration et un rappel du travail qui reste à accomplir.
Des leaders, artistes et gardiens du savoir bispirituels continuent de renforcer leurs communautés et de raviver des enseignements culturels qui avaient été supprimés. Leur travail s’inscrit dans un mouvement plus large de résurgence autochtone et de renouveau culturel.
Reconnaître cette journée invite les Canadiennes et les Canadiens à en apprendre davantage sur l’histoire, la résilience et le leadership des personnes bispirituelles à travers le pays.



