Ce mois d’août marque le cinquante et unième anniversaire de la première Semaine de la fierté au Canada, un moment marquant de l’histoire de la GSRD au Canada qui a eu un effet d’entraînement encore perceptible aujourd’hui.
Selon l’édition du 29 mai 1973 du Brandon Sun, un journal manitobain, l’idée de la Semaine des fiertés a été lancée par une « coalition électorale gay ». Cette coalition a été formée pour sensibiliser les politiciens canadiens aux luttes auxquelles est confrontée la communauté GSRD du Canada et pour démontrer le pouvoir de vote qu’elle détient. Lors d’une réunion tenue à Brandon, au Manitoba, la coalition a également commencé à planifier une semaine de la fierté dans les villes du pays. Malheureusement, les sources primaires sur la première semaine de la fierté au Canada sont rares, et il est donc difficile de savoir exactement comment cette entreprise monumentale de coordination à l’échelle du pays a été réalisée, mais il est facile de dire qu’elle a été menée à bien.
La Semaine de la Fierté s’est déroulée du 19 au 26 août de cette année-là, avec des programmes organisés à Vancouver, Toronto, Ottawa, Montréal, Winnipeg et Saskatoon. Certaines sources laissent entendre que d’autres villes auraient également organisé leur propre version de la semaine de la fierté dans le cadre de l’effort national, mais une fois encore, les sources sont rares sur l’internet. Le programme national comprenait un festival d’art, la projection d’un documentaire, un pique-nique, une danse et un rassemblement en faveur des droits des homosexuels dans toutes les villes participant à la semaine des fiertés.
L’ambiance était majoritairement à la fête, mais le 25 août, jour du rassemblement, elle s’est transformée en quelque chose qui ressemblait beaucoup plus à une protestation. Le thème politique de la semaine – une tradition perpétuée aujourd’hui par des organisations telles que Vancouver Pride – était « l’orientation sexuelle dans les codes provinciaux des droits de l’homme », et le rassemblement en était l’illustration. Selon l’édition d’octobre 1973 de Gay Tide, la manifestation avait pour but de permettre aux participants « d’entendre parler de la croissance du mouvement gay et de déclarer leur détermination à poursuivre la lutte ».
La semaine de la fierté a été un événement marquant dans toutes les villes où elle s’est déroulée, marquant le pouvoir de la coopération entre les gens de toute la nation pour un objectif commun de libération, mais il serait négligent de ne pas mentionner son importance pour la ville de Vancouver en particulier. La semaine de la fierté à Vancouver a marqué un changement définitif dans les communautés GSRD de la ville (et plus largement du pays). Ce changement s’est opéré entre l’ancien mouvement « homophile », qui privilégiait l’assimilation à la culture hétéronormative, et le nouveau mouvement de libération gay, en plein essor, qui se concentre sur la célébration des différences inhérentes à la communauté GSRD. La semaine de la fierté a également marqué la première manifestation à grande échelle pour les droits des personnes handicapées à Vancouver, alors que d’autres villes qui ont accueilli la semaine de la fierté, comme Toronto, avaient déjà organisé des événements de ce type. Trois cents personnes ont assisté au festival d’art le premier jour de la programmation de la ville, et plusieurs d’entre elles ont participé au rassemblement qui a suivi sur les marches du palais de justice. La présence de la Semaine de la fierté à Vancouver, la troisième ville du Canada, a donc constitué un grand pas en avant pour la ville, la Colombie-Britannique et le Canada dans son ensemble.
La Semaine de la fierté n’a pas abouti à la création de manifestations annuelles de la fierté comme celles que nous connaissons aujourd’hui, bien que Vancouver ait fini par accueillir son premier défilé « moderne » de la fierté en 1978. Cette manifestation a non seulement démontré la solidarité et la force des communautés GSRD du Canada, mais on dit également qu’un certain nombre d’hétérosexuels y ont également assisté, soit par solidarité, soit par simple curiosité, ce qui pourrait être considéré comme un signe de l’évolution des opinions au sein de la majorité du public. Nous en apprendrons sans doute davantage sur la première semaine des fiertés au Canada au fur et à mesure que les sources se multiplieront, mais il n’est pas du tout difficile de déclarer que les événements ont constitué un moment crucial dans l’histoire de la GSRD à Vancouver et dans l’ensemble du Canada.




