Le langage a toujours influencé la façon dont les Canadiennes et les Canadiens perçoivent le genre. Pour les personnes transgenres et de diverses identités de genre, trouver les bons mots a été un acte constant de visibilité et de survie.
Avant que le terme « transgenre » ne fasse partie du langage courant, les médias et les documents juridiques canadiens utilisaient souvent des termes médicaux ou sensationnalistes. Dans les années 1960 et 1970, « transsexuel » et « changement de sexe » étaient les expressions les plus fréquentes. Ces mots avaient une connotation clinique et mettaient l’accent sur la transition physique plutôt que sur l’identité. Ils ont toutefois marqué le début d’une prise de conscience nationale. Une couverture médiatique précoce, comme les histoires de Christine Jorgensen et plus tard de figures canadiennes telles que Susan Gapka, a mis en lumière la diversité de genre, mais souvent à travers une perspective limitée.
De « transsexuel » à « transgenre »
À la fin des années 1980, des militant·e·s et des groupes communautaires ont commencé à promouvoir le terme « transgenre » comme une expression plus inclusive. Il reflétait une compréhension plus large selon laquelle toutes les personnes de diverses identités de genre ne cherchent pas à subir une chirurgie ou une transition médicale. Ce changement visait l’autodéfinition et l’autonomie linguistique.
Au Canada, des organisations telles qu’Egale Canada et la Clinique d’identité de genre du Centre de toxicomanie et de santé mentale de Toronto ont contribué à l’introduction et à la normalisation du terme. Cela coïncidait avec un mouvement international visant à reconnaître la diversité de genre comme une question sociale et de droits de la personne plutôt que strictement médicale.
Médias, politiques publiques et pouvoir des mots
Les journalistes canadiens ont d’abord eu de la difficulté à s’adapter. Les reportages s’appuyaient souvent sur une terminologie dépassée ou mégenraient les personnes concernées. Dans les années 1990 et 2000, des défenseur·e·s des droits trans ont commencé à collaborer avec des rédacteurs et des éducateurs pour encourager l’usage d’un langage inclusif. Le Guide de rédaction de La Presse canadienne, le guide linguistique interne de Radio-Canada/CBC et les ressources médiatiques LGBTQ2+ ont graduellement adopté « transgenre » comme norme.
Les réformes politiques ont également façonné la manière dont les Canadiennes et les Canadiens parlaient du genre. À partir de 2012, des provinces comme l’Ontario et le Manitoba ont ajouté « identité de genre » et « expression de genre » aux codes des droits de la personne. Lorsque le gouvernement fédéral a suivi en 2017 avec le projet de loi C-16, les définitions légales ont renforcé une terminologie cohérente à travers les institutions.

Crédit image : Chambre de commerce des femmes canadiennes (https://canwcc.ca/resources-for-transgender-awareness-month/)
Voix autochtones et savoirs anciens
Alors que le terme « transgenre » gagnait du terrain dans les politiques et les médias, les peuples autochtones revitalisaient le terme « bispirituel » (Two-Spirit). Apparu dans les années 1990 au sein des communautés autochtones LGBTQ+, il exprimait des compréhensions précoloniales de la diversité de genre et des rôles spirituels. Les leaders bispirituels ont réorienté le dialogue national en rappelant que la variance de genre a toujours existé sur ce territoire.
Des mots qui continuent d’évoluer
Le vocabulaire autour du genre au Canada continue de s’élargir. Des termes comme « non binaire », « fluide de genre » et « diversité de genre » reflètent un mouvement vers une plus grande inclusion et une autonomie personnelle accrue. Chaque nouveau mot témoigne de l’évolution de la compréhension collective de l’identité.
Pour les historien·ne·s et les archivistes, documenter l’évolution de ces termes est essentiel. Grâce à des projets comme ceux menés par la Canadian Pride Historical Society, le suivi des changements linguistiques permet de retracer comment les Canadiennes et les Canadiens ont appris à reconnaître la diversité de genre.
Références :
• Projet de loi C-16
• Egale Canada
• Vocabulaire LGBTQ
• Native Youth Sexual Health Network
• Mois de l’histoire LGBT à l’Université métropolitaine de Toronto



